La Nomenclature Dintilhac en Clair : Postes de Préjudice et Calcul d’Indemnisation
La nomenclature Dintilhac, mise en place en 2005, structure aujourd’hui l’ensemble des indemnisations pour dommages corporels en France. Composée de 27 postes de préjudice distincts, elle permet d’évaluer de manière rigoureuse chaque préjudice subi par les victimes d’accidents. Depuis 2006, cette méthodologie s’impose à tous les professionnels du droit et du dommage corporel pour garantir qu’aucun préjudice ne soit oublié. Chez Cherrier-Bodineau, nous nous appuyons quotidiennement sur la nomenclature de Dintilhac pour défendre vos droits. Dans cet article, nous vous expliquons comment fonctionne ce référentiel et comment il détermine votre indemnisation.
Qu’est-ce que la nomenclature Dintilhac et pourquoi existe-t-elle ?
Définition et origine de la nomenclature de Dintilhac
Un groupe de travail présidé par Jean-Pierre Dintilhac, président de la deuxième chambre civile de la Cour de cassation, a remis au garde des Sceaux un rapport le 28 octobre 2005. Ce rapport proposait une nomenclature des préjudices corporels pour répondre à un besoin d’harmonisation des pratiques judiciaires. Avant son introduction, l’absence de cadre unifié entraînait des disparités importantes dans l’évaluation des préjudices.
La nomenclature de Dintilhac constitue un référentiel élaboré pour identifier, classer et évaluer les différents postes de préjudices corporels subis par une victime. Elle propose une classification rigoureuse des préjudices corporels en deux grandes catégories : les préjudices patrimoniaux et les préjudices extra-patrimoniaux. Au sein de la nomenclature, le groupe a réalisé un classement des différents postes de préjudice.
Le rôle et les objectifs de ce référentiel
L’objectif du groupe était de mettre en place une nomenclature reconnue par tous les acteurs de la réparation du dommage corporel, et permettant d’indemniser précisément et complètement les victimes, mais également d’assurer une égalité de traitement entre elles. La présente diffusion a pour objectif de guider les praticiens de l’indemnisation en répertoriant les postes d’indemnisation selon des définitions qui peuvent être communément partagées.
La nomenclature repose sur le principe de réparation intégrale, consacré par l’article 1240 du Code civil. Ce principe garantit que la victime doit être indemnisée de manière exhaustive, sans pour autant s’enrichir. En établissant une référence commune, la nomenclature réduit les disparités entre les décisions des tribunaux. Cela permet une meilleure équité entre les victimes et garantit une réparation plus cohérente.
Désormais, la nomenclature Dintilhac est utilisée par l’ensemble des acteurs du milieu juridique : juges, avocats, ou encore assureurs des victimes. Cette nomenclature a été adoptée aussi bien par les juges judiciaires que par les juges administratifs. La Cour de cassation en particulier s’est emparée de cet outil pour évaluer le dommage des victimes, résultant tant de leurs dépenses de santé que d’autres conséquences sur leur vie quotidienne. Chez Cherrier-Bodineau, nous utilisons ce référentiel pour garantir que chaque poste de préjudice soit correctement évalué.
Valeur juridique : obligatoire ou indicative ?
Bien qu’elle se soit imposée comme le référentiel de classification des préjudices le plus cohérent, la nomenclature Dintilhac n’a pas de valeur légale et sert simplement d’outil indicatif. Elle ne constitue pas un barème d’indemnisation ou un référentiel d’indemnisation. La nomenclature Dintilhac n’a pas de valeur normative. Cela signifie que ce n’est pas une loi, pas un outil obligatoire.
C’est un référentiel commun qui, par usage et pour des questions d’efficacité, a été adopté par la plupart des juridictions, des avocats, des assureurs et autres professionnels ou acteurs de l’indemnisation du dommage corporel. La nomenclature Dintilhac jouit donc d’une certaine autorité et renommée. Néanmoins, elle est largement utilisée par les professionnels impliqués dans l’évaluation et l’indemnisation des dommages corporels.
Cet outil n’est pas exhaustif, limitatif. En tant que victime, vous pouvez demander la réparation de préjudices autres que ceux détaillés dans la nomenclature, à charge pour vous d’expliquer en quoi ils en diffèrent. La nomenclature des postes de préjudice proposée dans le présent rapport constitue à cet égard une référence majeure, utilisable par l’ensemble des acteurs de l’indemnisation du dommage corporel.
Structure et classification des postes de préjudice
La nomenclature organise les préjudices selon deux axes croisés. Comprendre cette logique détermine la manière dont nous instruisons votre dossier chez Cherrier-Bodineau.
Préjudices patrimoniaux vs extrapatrimoniaux
La nomenclature de Dintilhac distingue les préjudices patrimoniaux des préjudices extrapatrimoniaux. Les préjudices patrimoniaux sont économiques : ils se traduisent par une perte d’argent mesurable. Perte de salaire, frais médicaux, coût d’une tierce personne, adaptation du logement appartiennent à cette catégorie. Ces préjudices s’évaluent sur pièces justificatives.
Les préjudices extrapatrimoniaux sont personnels : ils touchent à votre vécu, votre dignité, votre vie intime. Souffrances endurées, préjudice esthétique, perte de loisirs, atteinte à la vie sexuelle relèvent de cette catégorie. Ils ne s’évaluent pas sur factures mais font l’objet d’une cotation lors de l’expertise médicale.
La frontière entre ces deux catégories repose sur la nature de l’intérêt lésé. Lorsque l’atteinte affecte un intérêt évaluable en argent, le préjudice est patrimonial. Lorsqu’elle touche un intérêt qui échappe à toute estimation monétaire spontanée, le préjudice est qualifié d’extrapatrimonial. Un même fait générateur produit souvent, simultanément, des conséquences patrimoniales et extrapatrimoniales.
Préjudices temporaires vs permanents
La consolidation médicale est la date à partir de laquelle votre état de santé est stabilisé. Les lésions ne progressent plus, les séquelles sont fixées. Cette consolidation constitue une frontière juridique centrale : elle sépare ce qui est provisoire de ce qui est définitif.
Avant la consolidation, les préjudices sont temporaires. Ils couvrent la période allant de l’accident jusqu’à la stabilisation de votre état. Les préjudices patrimoniaux temporaires comprennent les dépenses de santé actuelles non couvertes par les assurances, les frais divers engagés avant consolidation, et les pertes de revenus professionnels actuels.
Après la consolidation, les préjudices deviennent permanents. Le déficit fonctionnel permanent, la perte de gains futurs, l’incidence professionnelle peuvent alors être évalués définitivement. Les préjudices patrimoniaux permanents englobent les dépenses de santé futures, les frais de logement et de véhicule adaptés, l’assistance par une tierce personne après consolidation, ainsi que le préjudice scolaire.
Les victimes directes et indirectes
La nomenclature Dintilhac est composée de 27 postes de préjudice, dont 20 concernent les préjudices subis par la victime directe et 7 concernant ceux subis par la victime indirecte. La victime directe est la personne qui subit de manière immédiate et personnelle les conséquences d’un fait dommageable. Elle peut être blessée physiquement, psychologiquement, ou subir un dommage matériel.
La nomenclature reconnaît explicitement les droits des proches, appelés victimes par ricochet ou victimes indirectes. Qu’il y ait décès ou simple survie de la victime directe, les conjoints, parents, enfants et proches peuvent prétendre à réparation. Les victimes indirectes sont les proches, le conjoint, les enfants, les membres de la famille.
Le préjudice subi par les victimes indirectes est réparé en tenant compte des limitations applicables à l’indemnisation du préjudice de la victime directe. L’adage juridique veut que l’accessoire suive le principal : la victime indirecte suit le sort de la victime directe.
Les préjudices patrimoniaux dans la nomenclature Dintilhac
Les préjudices patrimoniaux de la nomenclature de Dintilhac se répartissent entre postes temporaires et postes permanents. Chez Cherrier-Bodineau, nous instruisons chaque dossier en distinguant rigoureusement ces deux phases pour que votre indemnisation soit complète.
Préjudices patrimoniaux temporaires avant consolidation
Les préjudices patrimoniaux temporaires couvrent la période entre l’accident et la consolidation. Cette phase correspond à l’évolution de votre état de santé, aux soins actifs, aux arrêts de travail. Trois postes principaux structurent cette catégorie dans la nomenclature Dintilhac : les dépenses de santé actuelles, les frais divers et les pertes de gains professionnels actuels.
Dépenses de santé actuelles et frais divers
Les dépenses de santé actuelles regroupent l’ensemble des frais hospitaliers, médicaux, paramédicaux et pharmaceutiques exposés avant consolidation. Il s’agit notamment des consultations, kinésithérapie, orthophonie, appareillages temporaires. La sécurité sociale et les mutuelles prennent en charge la majorité de ces frais. Le reliquat restant à votre charge doit être indemnisé : dépassements d’honoraires, consultations de psychologue, prothèses dentaires, franchises médicales.
Les frais divers constituent un poste distinct. Ils incluent les honoraires du médecin conseil qui vous assiste lors de l’expertise, les frais de transport pour vos rendez-vous médicaux, les frais d’avocat en dommage corporel, les frais de garde d’enfants pendant vos hospitalisations. L’assistance temporaire par tierce personne entre également dans ce poste. Elle concerne l’aide humaine nécessaire pour les actes de la vie quotidienne : toilette, habillage, préparation des repas, courses, ménage. Cette aide se chiffre généralement entre 22 et 25 euros de l’heure, que l’assistance soit familiale ou professionnelle.
Pertes de gains professionnels actuels
Ce poste répare la perte de revenus subie entre l’accident et la consolidation. Le calcul repose sur la comparaison entre vos revenus antérieurs et ceux effectivement perçus pendant l’incapacité temporaire de travail. On déduit les indemnités journalières versées par la sécurité sociale et les compléments de prévoyance. Le solde constitue votre préjudice indemnisable.
Préjudices patrimoniaux permanents après consolidation
Après consolidation, les séquelles sont stabilisées. Les préjudices patrimoniaux permanents réparent les conséquences économiques définitives. Ils comprennent les dépenses de santé futures, l’assistance par tierce personne permanente, l’incidence professionnelle et le préjudice scolaire.
Dépenses de santé futures et assistance tierce personne
Les dépenses de santé futures couvrent les frais médicaux, paramédicaux, pharmaceutiques prévisibles après consolidation. Prothèses à renouveler, suivi psychologique, fauteuil roulant, lit médicalisé entrent dans ce poste. Ces dépenses se capitalisent sur votre espérance de vie.
L’assistance par tierce personne après consolidation indemnise l’aide humaine nécessaire de manière durable. Quand vos séquelles imposent une assistance permanente pour les actes quotidiens, ce poste se chiffre sur des décennies. Le taux horaire retenu doit permettre de financer réellement l’aide, qu’elle soit professionnelle ou familiale.
Incidence professionnelle et préjudice scolaire
L’incidence professionnelle répare les conséquences sur votre carrière au-delà de la simple perte de revenus. Déclassement, pénibilité accrue, perte de chance de promotion, impact sur vos droits à la retraite constituent ce préjudice nomenclature Dintilhac. Une reconversion imposée par votre handicap relève également de ce poste.
Le préjudice scolaire répare la perte d’années d’études, les redoublements subis, les modifications d’orientation imposées par vos séquelles. Un étudiant contraint d’abandonner son cursus médical obtient réparation pour cette renonciation forcée.
Les préjudices extrapatrimoniaux selon le préjudice nomenclature Dintilhac
Préjudices extrapatrimoniaux temporaires
Les préjudices extrapatrimoniaux de la nomenclature dite Dintilhac touchent votre sphère personnelle : souffrances, perte de qualité de vie, atteintes à votre image. Avant consolidation, deux postes structurent cette catégorie dans la nomenclature de Dintilhac.
Déficit fonctionnel temporaire et souffrances endurées
Le déficit fonctionnel temporaire répare la gêne dans votre vie courante entre l’accident et la consolidation. Hospitalisation, impossibilité de réaliser les actes quotidiens, privation des plaisirs usuels constituent ce poste. Le DFT peut être total ou partiel selon quatre classes : 75%, 50%, 25% ou 10%. L’indemnisation se calcule généralement à raison de 25 euros par jour pour un DFT total. Un DFT à 50% sera indemnisé à environ 12,50 euros par jour.
Les souffrances endurées indemnisent vos douleurs physiques et psychiques subies de l’accident à la consolidation. Interventions chirurgicales, rééducation, anxiété, dépression réactionnelle entrent dans ce poste. L’expert médical évalue ces souffrances sur une échelle de 1/7 à 7/7. L’indemnisation peut aller de 1 000 euros pour 1/7 jusqu’à plus de 80 000 euros pour 7/7.
Préjudices extrapatrimoniaux permanents
Après consolidation, les séquelles définitives ouvrent droit à réparation. La nomenclature Dintilhac distingue plusieurs postes permanents qui ne se confondent pas.
Déficit fonctionnel permanent
Le DFP répare les atteintes aux fonctions physiologiques, les douleurs permanentes, la perte de qualité de vie après consolidation. L’expert fixe un taux en pourcentage selon les barèmes médico-légaux. Ce taux conditionne l’indemnisation : plus vous êtes jeune, plus la valeur du point est élevée car les séquelles pèsent plus longtemps sur votre existence.
Préjudice d’agrément, esthétique et sexuel
Le préjudice d’agrément répare l’impossibilité de pratiquer vos activités sportives ou de loisirs régulières. La jurisprudence inclut désormais la simple limitation de pratique antérieure. Chez Cherrier-Bodineau, nous documentons vos activités par licences, attestations et photographies.
Le préjudice esthétique indemnise l’altération de votre apparence physique. Cicatrices, déformations, boiterie sont évaluées sur une échelle de 1 à 7 par l’expert médical.
Le préjudice sexuel couvre trois dimensions : l’atteinte morphologique aux organes sexuels, les troubles liés à l’acte sexuel (libido, capacité physique, plaisir), et les difficultés de procréation. Ce poste constitue un préjudice autonome distinct du déficit fonctionnel permanent.
Préjudice d’établissement et préjudices exceptionnels
Le préjudice d’établissement répare la perte de chance de réaliser un projet de vie familiale normale en raison de la gravité de votre handicap. Impossibilité de se marier, fonder une famille, élever des enfants justifient ce poste. Les préjudices exceptionnels permettent d’indemniser des situations atypiques liées à votre handicap permanent.
Comment sont calculées et évaluées les indemnisations ?
Le rôle de l’expertise médicale
L’expertise médicale constitue l’étape probatoire décisive pour évaluer vos préjudices. Elle permet d’objectiver les atteintes subies, d’identifier les postes de préjudice et de donner une base technique à la discussion indemnitaire. Le médecin expert examine votre dossier médical complet, procède à un examen clinique détaillé et vous interroge sur les répercussions de votre traumatisme.
Le rapport d’expertise fixe notamment la date de consolidation et évalue tous les préjudices subis poste par poste. Une préparation insuffisante peut conduire à une réparation incomplète. Chez Cherrier-Bodineau, nous vous accompagnons avec un médecin-conseil pour défendre la dimension médicale de votre affaire.
Méthodes de chiffrage et barèmes utilisés
Aucun barème d’indemnisation n’a de valeur légale obligatoire. Les professionnels utilisent plusieurs référentiels indicatifs : le référentiel Mornet actualisé chaque année, les référentiels des cours d’appel et celui de l’ONIAM. Chaque préjudice extrapatrimonial est évalué sur une échelle de 1 à 7 ou par pourcentage selon sa nature.
L’indice de capitalisation pour les préjudices futurs
Pour les préjudices futurs viagères, les barèmes de capitalisation convertissent une rente annuelle en capital. Le barème de la Gazette du Palais est l’outil de référence. Il calcule le prix de l’euro de rente selon votre âge et le taux d’actualisation retenu.
Éviter les doubles comptes et prouver les préjudices
L’indemnisation est ajustée en déduisant les créances des organismes sociaux pour éviter une double compensation. Cette déduction se fait poste par poste de manière transparente. Vous devez prouver la relation de causalité entre l’accident et chaque préjudice. Conserver tous vos justificatifs médicaux et financiers reste indispensable.
Ce qu’il faut retenir de la nomenclature Dintilhac
La nomenclature Dintilhac structure de manière rigoureuse l’indemnisation des dommages corporels grâce à ses 27 postes de préjudice. Bien qu’elle n’ait pas de valeur légale contraignante, elle s’est imposée comme le référentiel incontournable pour tous les professionnels. Essentiellement, cette classification garantit qu’aucun préjudice ne soit oublié et assure une réparation intégrale conforme au principe de l’article 1240 du Code civil.
Chez Cherrier-Bodineau, nous maîtrisons parfaitement ce référentiel pour défendre vos droits. Notre expertise nous permet d’identifier chaque poste applicable à votre situation et de maximiser votre indemnisation. Nous vous accompagnons à chaque étape, de l’expertise médicale jusqu’à l’obtention de votre réparation complète.
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